Histoire de la chiromancie

Depuis la nuit des temps, les lignes de la main fascinent les hommes. Ces marques, ces rides, qui évoluent au cours de notre vie, ne disent-elles pas qui nous sommes ? Annoncent-elles les événements qui nous attendent ? Est-ce que tout est déjà écrit et ne serions nous que les acteurs d'une histoire déjà écrite ou bien est-ce à nous d'écrire l'histoire de notre propre vie ?

Chiromancie des origines entre science et croyance

lignes de la main égypte antique

Comme pour toutes les « sciences occultes », les origines de la chiromancie se perdent dans la nuit des temps. Les Chinois l'ont-ils inventé avant les Égyptiens ? On trouve pourtant des traces dans ces deux grandes civilisations de l'Antiquité sans pouvoir affirmer qui en sont les découvreurs. La lecture des lignes de la main a énormément évolué au fil des siècles, passant de l'antre des sorcières aux salons chic du XIXe siècle, traversant le temps dans les roulottes de Madame Irma...

Il existe bien sûr des croyances et des superstitions associées à chaque époque : pour les Grecs, la chiromancie était une technique médicale, un moyen d’établir un diagnostic. Et même si l’exactitude du texte est discutée parmi les spécialistes, on attribue à Aristote, philosophe grec du IIIe siècle avant J.-C., la paternité d’un traité de chiromancie. À l’opposé, en Inde, les Védas enseignaient les signes divins et spirituels visibles sur les mains.

Les lignes de la main païennes des gitanes

consultation chiromancie avec bohémienne

Dans L’Art de connaître l’avenir par la chiromancie, Johannès Trismégiste écrit en 1845 que cet art se retrouve même dans la Bible : « Job affirme que le ciel a mis dans la main de chaque mortel le secret de sa destinée… » Toutes les civilisations, toutes les religions se sont posées la question. Pourtant l’Église catholique rejette formellement sa pratique, comme toutes les sciences divinatoires, la voyance et le spiritisme.

Culturellement, la lecture des lignes de la main est étroitement associée à la communauté rom, où tziganes et gitans sont réputés pour leur connaissance de cette technique. Depuis le Moyen Âge et jusqu’à aujourd’hui, les grandes villes d’Europe et du monde ont toujours été sous l’emprise de ces diseuses de bonne aventure, tantôt accusées de charlatanisme, tantôt craintes pour leurs fulgurances et leur franc-parler. À mi-chemin entre parapsychologie et mentalisme, la chiromancie nécessite en effet la maîtrise de plusieurs talents. Il est question de feeling, bien sûr, mais rien n’est dit par hasard lors de la consultation divinatoire.

De Michael Scott à Casimir Stanislas et Desbarrolles

chiromancie moderne

Le premier ouvrage imprimé sur le sujet semble être De phisiognomia, d'un certain Michael Scott : en 1477, il établit un traité de divination par l'observation des parties du corps. Les mains, les doigts et les ongles font l'objet d'un chapitre entier. Il reprend un grand nombre de savoirs oraux transmis de génération en génération, au croisement de nombreuses techniques de voyance héritées des traditions populaires.

C'est à deux Français, au début du XIXe siècle, que l'on doit l'émergence de la chiromancie moderne. Jusque-là confinés dans les caravanes et les arrière-boutiques, ils développent leurs théories selon une approche scientifique des lignes de la main. Casimir Stanislas d'Arpentigny dans La Chirognomie et Adrien Desbarrolles dans Les Mystères de la main posent un éclairage nouveau sur ce mode divinatoire. Desbarrolles explique ainsi que « la chiromancie est vraie comme la nature puisqu'elle est basée sur les harmonies de la nature ». Il porte un regard plutôt humaniste sur cette pratique et considère donc qu'elle n'est pas contraire à la morale.

Cheiro chiromancien maître occultiste

louis hamon cheiro william john warner

Un des personnages les plus marquants de l'histoire de la chiromancie est le fameux Cheiro, de son vrai nom William John Warner. Cet Irlandais, né en 1866, s'est illustré comme médium, astrologue, numérologue et chiromancien jusqu'à sa mort en 1936. Il considérait que les personnes pouvaient porter un masque en société, se comporter selon un certain code cachant leurs véritables intentions, mais que les mains ne pouvaient pas mentir. Son charisme, la finesse de ses interprétations et la justesse de ses prédictions ont créé une véritable légende autour de sa personne. Sa popularité a ­grandement aidé à faire émerger un véritable engouement dans l'Angleterre de la deuxième moitié du XIXe siècle. Se faisant parfois appeler Comte Louis Hamon, il a fréquenté Mata Hari, Oscar Wilde et Thomas Edison. On lui doit notamment un des guides essentiels de la chiromancie, Le Langage de la main, paru en 1894.

De Charlotte Wolff à Noel Jaquin

lignes de la main smartphone telephone email

La grande vogue pour l'occultisme tout au long du XIXe siècle tombe en désuétude au fur et à mesure, mais les progrès de la science n'empêchent pas les sciences divinatoires de garder une place de choix dans la culture populaire du XXe siècle. Peu connue du grand public, la psychanalyste allemande Charlotte Wolff a poussé très loin la recherche sur les liens entre médecine ­conventionnelle, psychologie et forme de la main. Juive chassée d'Allemagne par les nazis et lesbienne affirmée, proche des milieux artistiques, c'est un personnage fascinant de l'histoire récente de la chiromancie. Elle a notamment travaillé auprès de personnes souffrant de handicaps mentaux. Intellectuellement opposée à l'existence même de la chiromancie, elle a tout de même démontré la véracité de certains fondamentaux en la matière : elle affirme, par exemple, que les lignes de la main ne sont pas le pur produit d'un effet purement mécanique ou organique de la peau, mais aussi d'un contexte psychologique et personnel.

L'anglais Noel Jaquin est une autre figure importante de ces dernières décennies. Célèbre tout au long du XXe siècle pour ses nombreux livres, il a présenté une approche très rationaliste de la chiromancie. Ses écrits s'appuient sur une observation minutieuse et raisonnée des mains et des marques qu'elles portent, pour établir un profil fin et détaillé de l'individu. À ce titre, il sera même le premier à collaborer avec la police anglaise. Depuis, les services de Scotland Yard ont intégré à leurs méthodes d'enquête certaines connaissances en chiromancie.

Si cette pratique est toujours décriée et parfois même moquée, la chiromancie n'en demeure pas moins d'actualité. La promesse que nous fait la chiromancie parle à nos oreilles : elle rend palpable et défini le futur et l'incertain en nous promettant que les réponses se trouvent dans nos paumes avec les lignes de la main. Bientôt la chiromancie sur smartphone par téléphone et email ?